le corps est dans ce rêve
Où trouver l’espace pour s’épanouir, que va-t-il sortir de cette chrysalide au corps fragile, silencieux, attentif ? Elle tend ses bras vers d’autres cieux, elle hésite, recule, souffle rentré, membres à l’arrêt. Chiffonnée encore, elle se dépliera petit à petit ; 1, 2, 3 la voilà sortie ! Tête haute, elle se tient en équilibre, boucles noires en balancier, bras repliés encore. Un lac soudain l’accueille, miroir de ses rêves, elle y plonge le visage, et devient eau, bercée par les ondulations de surface, le clapotis assourdi la berce. Elle s’endormirait presque, sirène alanguie, allongée sur les fonds plats.
Puis une impulsion, un désir, un coup de reins, le bassin en pivot, elle réémerge, s’épanouit en lotus, fleur encore en bourgeon. Le vent la dérive sans rive, elle se délecte de l’instant.
Soudain au-dessus d’elle, un fil, elle s’interroge, le touche du bout de l’index. Va-t-elle le saisir, se laisser tirer vers d’autres liens ? Elle recule, observe, fait silence en elle-même, appelle la petite fille, part oubliée d’elle-même. Mais curieuse, elle tricote ce fil, du bout des pieds , du bout des mains, pousse la porte, s’entoure de ce nouveau cocon, dont elle connaît les nœuds ; ils seront faciles à démêler. Alors, elle devient oiseau, une chute contrôlée en gestes ralentis l’amènera à l’abri sous ses ailes déployées vers des dunes amollies.
La peur a disparu, elle écoute le silence. Le désert ne lui fait pas peur, elle se confond avec la couleur du sable, s’y enfonce en petits mouvements arrière jusqu’à disparaître, rêve fugace et évanescent.
Josette Emo