Je vivais seule au bord du lac à un mille de tout voisinage, dans une cabane que j’avais bâtie avec la ferme intention de survivre grâce à ce qui m’entourait, coupée du monde… enfin… presque.
Jouer les Robinson n’était pas ma tasse de thé mais j’éprouvais alors le besoin de silence, de paix, d’étendues, d’espace. Être seule ne m’effrayait pas. Me rapprocher de la nature dans ce qu’elle a de brut et de sauvage était plus hasardeux.
Je préparai soigneusement mon périple : comment allumer, entretenir un feu, manger, pêcher, choisir les baies sauvages, les champignons, sans risque de s’empoisonner. Me fondre dans ces espaces presque vierges, éprouver dans mon corps la vie dans ce qu’elle a de brut.
J’emportai avec moi un appareil photo afin d’immortaliser un instant fugace, une couleur, une lumière, le jour, la nuit. En cela je n’étais pas coupée du monde. Plutôt une sorte d’incursion, un retour à la maison, des retrouvailles avec mes racines dont je me suis éloignée et qui sommeillaient au tréfonds de mon cœur.
Dire que le dépaysement fut total est un doux euphémisme. Je fis en effet une rencontre unique et bien étrange. Il me surprit un beau matin à dix pas de la porte d’entrée. Assis sur son train arrière il m’observait. J’entrebâillai la porte, figée d’étonnement. Je n’eus pas le réflexe de saisir l’appareil photo pour immortaliser cet instant. Il m’avait repéré depuis mon arrivée, il me sentait, me humait, m’observait. C’était un loup, aux aguets, l’œil vif, interrogateur. Je rôdais sur son territoire. Il me fallait montrer patte blanche. Les rôles s’inversaient. Je violais son monde, allait-il m’évincer ?
M.Odile Jouveaux