Au loin, l’horizon

La Lande n’a pas de fin, pas de contour, pas de limite, elle s’étend plate sans colline

Au loin coule une rivière

Pas d’écho, pas d’oiseaux

que le vent qui courbe les buissons

Des touffes d’herbe

Une planitude chauve

Un no man’s land sur la carte du temps

Un horizon de landes et de tourbe de bosses

Toutes sortes de verts

Vert tendre, vert d’eau, vert-maronnasse

Douceur de l’herbe vert-pomme

 

Herbes qui piquent

Herbes qui caressent

 

aucun oiseau, que des milliers de bestioles genre insectes : fourmis, mille-pattes, vers de terre invisibles

une vie, une faune dans la terre qui grouille

pas de cigales

Pas de grillon

Aucun bruit

 

Les tiges se penchent, elles s’offrent à l’air battu par les vents

Elles offrent leur odeur de moisissure

Elles n’ont rien d’autre à offrir que la douceur écoeurante de menthe sauvage et

de sauge du vert bouteille au vert amande

du vert émeraude au vert mousse

Du vert absinthe au céladon

Du vert jade au vert olive,  l’oeil se lasse

 

des hannetons : peut-être

Quelques mauvaises mouches et toujours ces trous d’eau dans lesquels on

risque de tomber

 

Au-delà de l’horizon

devant moi  dans cette terre grasse, cabossée 

l’horizon recule

des jours que j’avance

des jours que mes pieds butent sur les butes de terre et de tourbe

que je m’enfonce dans cette terre marécageuse pour atteindre là-bas

au loin, au-delà de l’horizon

le soleil blafard

 

mes pas englués d’eau et de terre sont lourds

Là-bas aux confins des marécages vit la vie

vivent les couleurs, la mer et les fleuves

les odeurs fortes de l’Afrique

des éléphants imposants et rieurs aux trompes rigolotes

des zèbres marbrés aux couleurs d’arc-en-ciel

des femmes noires et cambrées pilent le sorgho rouge dans des jarres de bois

des enfants presque nus courent dans le sable brûlant

des cases ocre jaune, en pisé renferment des nattes posées à même la terre

 

et puis le feu, l’étincelle, la flamme, les cendres et les braises

 

La flamme qui réchauffe les corps sensuels et la mémoire des hommes

La flamme qui cuit les denrées suffisantes

La flamme lumière, incandescence

Celle qu’on a allumée bien avant le paléolithique

qui continue de brûler portant aux hommes la connaissance

 celle qu’il a fallu entretenir pendant des siècles en afrique comme en inde

 

même pendant les exodes indo-européens

même sur l’île de Pâques

 

Là où il fallait qu’il y eût du bois pour construire les labyrinthes des pyramides

des pyramides pour protéger dieux et déesses égyptiennes transformées en momie du feu justement

simple paradoxe

 

Qu’elle est jolie la guerre de la vie

la peau parcheminée d’Hapchepsout

Prométhée

promettez-moi, Titan «transmetteur du feu» du feu sacré, volé sur l’Olympe

de continuer à en faire don aux humains assoiffés

 

Tant pis si ton foie est bouffé, dévoré par l’aigle du Caucase

Tant pis si tu es enchaîné au rocher

 

Je te voue un culte de par le monde bigarré de mes songes indécis

 

J’accepte d’être Pandore

je suis l’origine des maux de l’homme et toi le salvateur qui donne et qui reprend

qui brûle aussi les âmes, qui vole et qui détruit

Prométhée attends-moi

Prométhée et Pandore enchaînés sans limites et sans loi

transmettant la vie et la folie aux hommes

La création

Le feu des amphores, des céramiques qui resplendissent et qui cassent

aux confins des terres éthérées brûle le feu du monde

le feu solaire qui brûle et qui réchauffe

Coloré, mordoré, rougeoyant de flammes bleues qui mordent la poussière

qui n’est pas délétère pourtant

 

Flamme-flamme

femme-flamme

Flamme-femme qui lèche l’horizon

femme léchée par les flammes

PASC

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