Moi, mon seul horizon c’était la solitude. Quand bien même, entend-on sur les ondes ce refrain, la solitude, ça n’existe pas, j’ai longtemps fait de la solitude un refuge, aujourd’hui encore, parfois.
Bien entendu, je ne suis pas né avec ce sentiment mais c’est insidieusement qu’il a envahi mon univers. En réalité je ne suis pas né solitaire, mais déjà au berceau la solitude m’enveloppait comme un lange. Pas de soins maternels, pas de cocooning dans le lit parental, mais quand même une bienveillance qui ne me comblait pas, et la solitude qui me berçait.
Forcément, je ne pouvais pas comprendre les fondements de cette solitude, même, si mon histoire racontée fait ressortir une enfance plutôt timide dès la maternelle – maternelle ignorée de mes parents, absents.
Mais tout cela, devait néanmoins me sembler naturel, car la solitude ne s’apprend pas, elle vous apprivoise. Comme une mère, elle vous entoure, cohabite, vous fait des clins d’œil si bien, que vous finissez par l’adopter comme une amie, une confidente. Alors le grand lit, dans la chambre du fond, juché à un mètre du sol, se transformait en niche où, protégé par un édredon d’une grosseur invraisemblable, je pouvais tantôt m’habituer, tantôt haïr ma solitude. Alors le tas de sable, déposé contre le mur à l’arrière de la maison, sans doute à l’abri des prédateurs, mais hors de vue de mes grands-parents, était-il pour moi le terrain de jeux idéal, pour jouer avec la solitude. J’y faisais des châteaux de solitude, y creusais des tunnels de solitude, y cachais mes quelques soldats de plomb pour enfin, faire la guerre à la solitude.
Mon seul horizon, croyais-je, était la solitude. Au fil du temps, cette compagne m’est devenue fidèle et même, si la vie ma révélée plusieurs visages, la solitude sait, quand cela est nécessaire, toujours venir à ma rescousse.
Didier d’Oliveira