La glaise

Rien de plus jouissif dans le modelage que l’éclosion d’un corps. Sous ses doigts fébriles l’artiste pétrit, étire, modèle à volonté les courbes sensuelles que la glaise malléable apporte à la souplesse de la création. Reflets de l’âme, ces œuvres sont aussi des témoins précieux dont les historiens se servent pour remonter le temps. C’est ainsi que les statues figées dans leur époque nous lient à l’Antiquité. Si lointaines et pourtant si proches de nous à des siècles de distance, le piédestal sur lequel elles trônent force l’admiration. Elles nous dominent de leur taille imposante, on ne peut que se sentir minuscule et humble devant leurs formes parfaites ; mais la pierre si douce et lisse au toucher n’en a pas moins la dureté du minéral, tel le marbre, si difficile à tailler, qui ne brille que par sa froideur. Et tous les Apollons et les Dianes des musées n’exprimeront jamais à mes yeux autant de douceur et d’humanité qu’un corps de glaise imparfait.

Annie Brottier

On m’enseignera la science de l’adieu.

Quand tous les yeux sont rivés sur la scène, théâtre de toutes les turpitudes humaines, quand tout le monde manipule tout le monde, quitte à se perdre et que chacun ne cherche que son seul intérêt au dépend des autres, quand dans la vraie vie des hommes et des femmes se débattent avec leurs fantômes en disant avoir vu dans le ciel des formes lumineuses se déplacer,

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Oui, mais pourquoi ?

Je ferme mes oreilles à toute évocation de problèmes financiers. C’est comme ça depuis longtemps. Je ne sais pas d’où me vient cette incapacité à supporter la moindre référence à l’argent, le moindre questionnement, la plus infinitésimale interrogation sur le montant d’une transaction quelle qu’elle soit et les éventuelles conséquences de déséquilibre financier qu’elle pourrait engendrer. C’est bien simple, aussitôt que le mot argent atteint mon oreille je l’associe au mot problème et je me ferme comme une huître apeurée, je change de sujet si c’est au cours d’une conversation, je raccroche brutalement si c’est au téléphone, d’un coup de télécommande rageur j’éteins la télévision, voyez-vous, je ne supporte pas ! Lire la suite

Nuit d’été

Aux herbes couchées je confie mon désir de m’allonger et de laisser mon esprit divaguer au gré des senteurs et des bruissements légers qui m’entourent. Les yeux mi-clos, je laisse la douceur de la nuit m’envelopper et me bercer et mon corps relâché se donne et se fond dans l’obscurité ouatée. Je ne sens plus qu’un flottement agréable, je suis poussière, graine légère attirée par les étoiles qui scintillent et m’invitent à les rejoindre dans leur ronde céleste. Lire la suite

Toi…

Chère toi

Imagine-moi scotchée devant ce tableau du peintre El Greco que j’ai vu au MET hier après-midi. « Vue sur Tolède », simple paysage d’après le titre, mais quelle puissance, quelles forces déchaînées ! Aucun personnage et pourtant j’ai eu la sensation intense d’être face à une personnalité qui me happait, me frappait de plein fouet, et ce quelqu’un, c’était toi. J’ai vu dans les jets de bleus intenses et les noirs profonds du ciel ton regard, si glaçant, si froid, celui que tu m’as lancé ce fameux soir. Lire la suite